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vendredi 2 décembre 2011

Le bordel socialiste sur internet!

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C’est à deux pas de la Cour des Comptes, où elle sévit encore, que Fleur Pellerin nous a donné rendez-vous. A 38 ans, la jeune femme vient d’être nommée responsable du pôle “Économie numérique” dans l’équipe de campagne de François Hollande, tout juste constituée. “Il était important pour moi d’y ajouter ’société’, car le numérique n’est pas une branche de l’industrie comme l’agroalimentaire”, précise-t-elle d’emblée.
Sa prise de fonction a fait l’effet d’un micro séisme dans le landernau numérique : inconnue au bataillon Internet, Fleur Pellerin s’est surtout illustrée par l’excellence de son parcours – bac à 16 ans, Sciences Po, ENA – et un passage à la tête du club XXIème siècle, réseau promouvant la diversité. Un “pur produit de la méritocratie française”, plus proche des questions d’égalité des chances ou de fiscalité que des réflexions réticulaires, dont on ne trouve d’ailleurs nulle trace dans le portrait tiré par Libération en avril 2010. Au Parti Socialiste, elle totalise déjà trois campagnes présidentielles. Celle du candidat Hollande inaugure la mise en lumière de cette ancienne conseillère de l’ombre, qui n’est pas du sérail. Une affiliation informelle – elle n’est plus encartée – qui explique son allant et son franc-parler.
Parachutée dans les landes numériques, la jeune femme se donne jusqu’au 15 décembre pour proposer la première version de son programme. A retravailler jusqu’en début d’année. Plus qu’un chantier, un travail de dentellier. A réaliser dare-dare. La néophyte le reconnaît. Comprendre les enjeux, s’acclimater à un milieu sévère, qui s’étonne de voir débarquer une novice à l’approche d’une échéance telle que la présidentielle. L’ampleur de la tâche : c’est ce qui fait courir Fleur Pellerin sur les autoroutes de l’information. Un voyage qui s’annonce turbulent.

Hadopi tabou

En interne, la constitution de l’équipe de campagne n’a pas réglé les bisbilles entre cadres du parti et rivaux d’hier. Si officiellement le rassemblement derrière François Hollande est unanime, la fusion des troupes pose toujours problème. En coulisse, on murmure que “c’est le bordel”. Y compris sur le numérique. Sans confirmer, Fleur Pellerin déclare n’avoir que peu de relations avec Solférino. Si elle affirme qu’elle puisera dans “les travaux du Laboratoire des idées avant de proposer au candidat les axes de son programme numérique”, elledéclarait il y a quelques jours que son programme ne serait pas celui du Parti Socialiste [PDF].
Une indépendance qui visiblement, ne passe pas. En particulier sur le point chaud de la campagne numérique, l’éternel maëlstrom Hadopi. A la suite de notre entretien réalisé dans la matinée du 28 novembre, Fleur Pellerin nous a demandé de retirer toute citation concernant le sort de la Haute autorité. Motif : il ne s’agit que de pistes de travail, et seul François Hollande pourra arbitrer sur la question. Dans une première interview, publiée le 29 novembre, la jeune femme exprimait clairement sa volonté d’abroger l’institution, pour la remplacer par une autre, débarassée du sceau symbolique “Hadopi”. Vertement critiquée par certains observateurs, la position de Fleur Pellerin n’a manifestement pas plu en interne. D’ici le 15 décembre donc, motus et bouche cousue. Sur cet unique point : pour la neutralité, la fiscalité du secteur, l’e-education, l’e-santé, la critique du bilan de cinq ans de sarkozysme, les vannes sont en revanche ouvertes. Il ne s’agit pourtant que d’ébauches de réflexions, qui appelleront, là aussi, une validation du candidat socialiste.
L’Hadopi fait peur. Bête noire de l’UMP comme du PS, elle est le signe de la soumission des partis au bras de fer, féroce, que se livre lobbyistes de la Culture et du numérique pour avoir voix au chapitre 2012. Au lieu de lancer un chantier public, évolutif, entier, l’opposition fait le choix de se murer dans un silence qui ne saurait prévenir des bourdes. Les rétropédalages font tache : celui-ci en est un ; il rappelle les tergiversations maladroites de François Hollande sur ce même point, il y a quelques semaines à peine. Confirmant ainsi que c’est bien le “bordel”.




Côté moyens, la responsable de pôle ne dispose par ailleurs d’aucune ressource. “J’assume ne pas avoir de moyens, j’assume le modèle start-up, le côté artisanal.” D’où l’appel à contributions lancé sur Rue 89 il y a quelques jours : pour l’occasion, pas de plate-forme participative, pas de site, mais une adresse mail : numerique2012@gmail.com. Une initiative qui a fait les gorges chaudes de quelques trublions, notamment sur Twitter.
Ils m’attaquent parce qu’ils s’imaginent que je ne connais pas les codes, mais en 1998, je fréquentais des forums d’opéra US, et les trolls étaient déjà là ! Ils trollaient sur … du Wagner. Les codes étaient identiques.
Quant à l’appel à contributions, elle se félicite “d’avoir déjà obtenu une centaine de mails. Un wiki aurait été un défouloir”, poursuit-elle, “on aurait passé plus de temps à modérer”. Une semaine après l’ouverture de la consultation, elle nous confie avoir “reçu 500 pages de contributions très riches et constructives. Nous allons faire réagir les internautes sur une première synthèse très prochainement”.

“A l’encontre du tout-répressif de Sarko”

Rentrant dans le vif du sujet, Fleur Pellerin expose méthodiquement ses priorités :  “définir un programme de travail et constituer une équipe, afin d’avoir une position argumentée sur un certain nombre de projets urgents”. Son pôle a été décliné en cinq axes : “infrastructures et aménagement du territoire”“innovation et e-business”,“droits et libertés sur Internet” – dans lequel se range Hadopi, dont nous ne parlerons donc pas -,“développement des services et contenus” et “fiscalité numérique”“Oui, c’est assez vaste !” conclue-t-elle dans un sourire.
Sur l’économie de l’innovation, elle déplore un “retard” français : “il y a une marge de progrès”, estime la jeune femme. Pour la combler, Fleur Pellerin assure que les réflexions seront menées en fonction du contexte budgétaire contraint.
Concernant la fiscalité des jeunes entreprises innovantes (JEI) ou du commerce en ligne, elle explique que les incitations devront se faire selon “différents scénarios en fonction de l’état dans lequel la droite laissera les finances publiques en mai 2012, et surtout assurer aux entreprises un environnement juridique stable”“Durant les 100 premiers jours, on devra être réaliste”, concède-t-elle, avant d’ironiser “je suis à la Cour des Comptes, la contrainte budgétaire, je l’ai intégrée !”
Les promesses seront chiffrées et envisageables : “on essaiera de se placer dans la faisabilité financière et juridique.” Une rigueur en grille de lecture des affaires en cours : elle commente la taxe Google, serpent de mer gouvernemental qui cherche à imposer les revenus publicitaires engrangés en France par les géants du web :“Pas contre sur le principe, mais à condition que le dispositif ne se retourne pas in fine contre les seules entreprises françaises ”“Contrairement à Sarkozy, qui vient encore de le faire avec l’annonce de la création du centre national de la musique, nous ne proposerons pas de mesures sans nous être assurés de leur faisabilité financière et juridique”.
Si elle n’est pas identifiée comme référence dans le milieu, Fleur Pellerin met en avant des réseaux solides autour du numérique. “Je couvre toute la palette : média, opérateurs, think tanks, fédérations et syndicats professionnels, lobbyistes, haut-fonctionnaires” , assure-t-elle. Des connaissances déjà mobilisées à titre bénévole et amical. Le travail est informel : la première réunion s’est tenue chez elle ; même son mari, fiscaliste au Conseil d’Etat, a été mis à contribution. Dans ses cercles, des membres de l’Arcep et de la Caisse des dépôts, “catastrophés par la gestion du très haut débit” ; des entrepreneurs comme Jean-Baptiste Soufron, Nicolas Gaume, président du Syndicat National du jeu vidéo ou Benoît Thieulin ; certains acteurs du monde de la Culture, SPRD et ministère, ou encore Daniel Kaplan, soutien de Martine Aubry pendant la primaire et délégué général de la Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération (FING).
On lui demande ce qui différencie son programme de celui de l’UMP. Elle réagit vivement, et critique le bilan de la majorité : “c’est bien joli de montrer ce programme, de dire ‘le meilleur reste à venir’ si rien n’a été fait en 5 ans !” Et déroule sur Nicolas Sarkozy : “il ne s’adresse qu’à des clientèles. Tout le monde y croit mais il n’y a rien derrière”. Sur sa dernière sortie à Avignon, durant laquelle il avait proposé l’établissement d’une “Hadopi 3”pour lutter contre le streaming, elle ironise : “comment on fait ? On met des mouchards chez les gens ? On ferme YouTube ? Sa position est ultra sécuritaire et après ses lieutenants parlent de neutralité des réseaux, ça me fait rire !” Et de conclure : “oui, je suis très énervée !”
On veut aller à l’encontre du tout-répressif de Sarko .
Le principe fait consensus en interne, mais pas sûr que les cadres du parti et de la campagne la suivent sur “les modalités concrètes” . Si à Solférino “tout le monde a pris conscience qu’Internet représentait un levier de croissance et une modification radicale de la société” “il y a encore de ‘vieux logiciels’ qui traînent au PS” . Et les attentes de la communauté se font pressantes: il ne suffit pas de critiquer le bilan du camp d’en face ; des mesures cadres sont à définir. Or, des arbitrages, pas forcément favorables, seront pris par la direction de campagne. Fleur Pellerin en a conscience, se dit “loyale” , et profite pour le moment de sa “liberté dans la réflexion” . Une autonomie synonyme de “faiblesse” “cela veut aussi dire que je ne suis pas forcément très soutenue”. Le recadrage de dernière minute, sur Hadopi, est venu le confirmer.

vendredi 28 octobre 2011

Quand internet devient politique en France

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Organiser des “journées du numérique” : tel est le souhait du Président de la République. Une volonté qui devrait s’actualiser très prochainement, dès début décembre.
Le Conseil National du Numérique (CNN) , reçu ce midi à l’Élysée, aurait été associé à l’organisation de l’événement. A l’orée de la campagne, et alors que sa candidature n’a toujours pas été rendue officielle, Nicolas Sarkozy consolide son positionnement sur la thématique numérique.

“Une montée en compétences très claire”

A en croire certains convives du Château, le Président serait “monté en compétences sur le sujet”“Il y avait une évolution par rapport à ces propos des derniers mois”, nous a confié un premier invité, quand un second remarquait que son discours “était plus construit” que lors de leur première rencontre, en avril dernier.
Au menu, compétitivité et économie numérique : “l’enjeu est vraiment que la France ait sa place dans l’économie d’Internet, a commenté un participant au sortir du déjeuner.
Sur les questions de droits d’auteur, Nicolas Sarkozy ne se serait pas montré aussi offensif que lors de l’e-G8, se disant ouvert à la discussion. Quant à Hadopi, il aurait répété que c’est une solution imparfaite, prête à être remplacée par une alternative plus efficace.
La sécurité du réseau n’aurait pas été abordée ; l’open data, en revanche, serait au cœur d’une intervention du Président lors des journées du numériques : “il a compris que la transparence était inéluctable sur Internet”, commentait un des membres du CNN.

Internet : un placement électoral ?

La séquence a de quoi surprendre : organisé au lendemain de la réunion sur la crise européenne à Bruxelles, le déjeuner a duré près de deux heures, pendant lesquelles Internet aurait eu toute l’attention d’un Nicolas Sarkozy visiblement fatigué mais détendu. Outre les anecdotes personnelles – Nicolas et Carla seraient des fans invétérés des séries Borgia et Breaking Bad -, le Président a manifesté son intention de devenir l’homme fort du numérique.
Internet deviendrait-il un enjeu électoral pour le non-prononcé-mais-très-probable candidat de l’UMP à l’élection présidentielle ? La manœuvre en a tout l’air et vient rejoindre le positionnement du parti majoritaire, très présent,dernièrement, sur les questions numériques.

jeudi 27 octobre 2011

Les chats dominent internet

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« The Internet is made of cats », dit la chanson [en]. Et cela me rappelle étrangement l’une de ces métaphores bizarres dont les philosophes analytiques sont friands : l’esprit ne peut pas être semblable à un ordinateur, écrit John Searle [en], parce qu’un ordinateur, en théorie, peut être constitué de n’importe quel mécanisme, de chats, de souris, de fromage, de cordes et de leviers, pourquoi pas. Et voilà pourquoi l’intelligence artificielle est absurde, écrit toujours John Searle.
Parmi les mèmes qui nous entourent, les lolcats et leurs déclinaisons sont les plus connus, les plus insistants, au point de devenir l’emblème du phénomène. L’acte créatif le plus stupide que l’on puisse imaginer, pour Clay Shirky [en]. Comme si les portraits de chatons des calendriers de grands-mères avaient enfin vaincu les photos floues des stars de magazines pour adolescentes. Victoire des chatons grâce à Internet.
Je voudrais défendre l’idée que ce n’est pas un hasard ou un acte créatif stupide mais, tout simplement, le destin de l’humanité.

La légitimation par les réseaux sociaux

Les médias sociaux permettent une émergence plus spontanée, moins filtrée des informations pertinentes. Entre Vidéo Gag et YouTube, le grand progrès, c’est la disparition de Bernard Montiel et de son équipe, dont les choix, aussi proches qu’ils aient pu se vouloir des goûts du public, étaient nécessairement limités par les préjugés d’une dizaine de cerveaux travaillant à TF1. Les réseaux sociaux ont bel et bien tué Bernard Montiel.
YouTube permet l’émergence de vidéos dont la pertinence était niée parce qu’inimaginable autrefois, des émotions qui n’étaient pas considérées comme réelles, légitimes, dignes d’être partagées. L’empathie à l’égard des animaux occupe une place centrale parmi ces émotions.
Ce sentiment illégitime lorsqu’il était discuté devient irrésistible lorsqu’il est partagé. Rien de plus pénible qu’un maître qui nous parle de l’intelligence de son chien. Rien de plus convaincant qu’une vidéo nous montrant un chien intelligent. En réalité, YouTube ne s’oppose pas seulement à Vidéo Gag, mais aussi aux recherches des éthologues. Alors que l’anthropomorphisme est le péché de l’éthologie, c’est le moteur de la viralité animale sur Internet, le principe même du lolcat.
Il y a peut-être une seconde raison à la domination des chats sur Internet : ils ont colonisé “l’étrange vallée”, l’uncanny valley théorisée par les chercheurs en robotique. Les chats donnent un visage à l’intelligence inhumaine que l’on pressent de l’autre côté de l’écran de l’ordinateur. Un visage parfait, ni trop humain, ni trop monstrueux, un visage que la coévolution des humains et des chats depuis des milliers d’année a peut-être même rendu irrésistible, le visage d’un parasite émotionnel [en] dont les grands yeux et les miaulements [en] rappellent le bébé humain et suscitent notre empathie.
Le chat est orgueilleux, le chat est paresseux, le chat a faim, le chat aime le sexe, il se drogue, il soigne son style, il parle l’anglais du commentateur moyen de YouTube, mais le chat poursuit un but mystérieux, incompréhensible, tout ce qu’il fait semble marqué de transcendance.
Le chat est à la fois notre reflet et notre masque dans le pays des merveilles informatiques. Est-il étonnant qu’au moment où émerge l’intelligence artificielle qui nous domine de sa toute-puissance, nous repensions nos relations à nos inférieurs, aux animaux stupides et mignons qui nous entourent ?
“I, for one, welcome our new cat overlords” :

La vente des armes 2010 en baisse en France

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“La crise n’entame pas la dynamique générale” affirmait mercredi le général Philippe Pontiès, porte-parole adjoint du ministère de la Défense, lors de la présentation du rapport sur les exportations d’armement en 2010.“Avec 5,12 milliards d’euros de prises de commandes en 2010, la France se maintient au quatrième rang des exportateurs mondiaux d’armement” se félicite Gérard Longuet, ministre de la Défense, dans un communiqué. Les prises de commande en 2010 sont pourtant en net recul par rapport à l’année précédente, faisant de 2010 la plus mauvaise année depuis 2006.

En 2009, elles plafonnaient à 8,1 milliards d’euros. Comme le montre notre visualisation, plusieurs importantes commandes ont été enregistrées en 2010, notamment avec l’Inde, la Malaisie, l’Arabie Saoudite et le Kazakhstan. Ils se concentrent dans les domaines aérien et supra-aérien, maritime, balistique, d’interception et brouillage des communications.

Sur le globe, la région du Proche et Moyen-Orient réunit la majorité des commandes, pour un montant de 1,2 milliards en 2010, loin devant l’Asie du Sud (802 millions) et l’Union européenne (541 millions).

Un Moyen-Orient en pleine ébullition révolutionnaire depuis le début de l’année 2011. Le général Pontiès du ministère de la Défense et Bernard Valéro, porte-parole du Quai d’Orsay, ont assuré que les autorisations d’exportation pour les pays où la répression faisait rage, Syrie et Yémen en tête, étaient gelées, sans toutefois être en mesure de le confirmer pour Bahreïn.
Depuis 2006, la France a livré du matériel militaire pour une valeur de plus de 6,2 milliards d’euros aux pays de la région, principalement à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis. En 2010, le montant des livraisons (en gris clair sur le graphique ci-dessous) s’élevait à 1,6 milliards d’euros.

Plusieurs indices permettent de mesurer les exportations de matériel militaire. Seules les prises de commande font l’objet d’un traitement détaillé dans le rapport du ministère. La catégorie de l’armement exporté est donnée, sans préciser ni le nombre de contrats, ni le matériel précis concerné.

mardi 25 octobre 2011

Comment sera le futur web?

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Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ? Moteurs de recherche et réseaux sociaux occupent une place chaque jour plus prépondérante dans nos accès à l’information et à la connaissance. Ils suscitent également de vives interrogations, notamment dans leur capacité à rendre indexables des informations relevant indistinctement des sphères publiques, privées et intimes des contenus disponibles en ligne.
Enfin, inaugurés par le “like” de Facebook, les systèmes de recommandation se multiplient, venant concurrencer ou remplacer l’établissement de liens hypertextes et suscitant de nouveaux usages, de nouvelles métriques. Par ailleurs, la famille documentaire s’est agrandie : les encyclopédies sont devenus collaboratives, d’immenses silos documentaires sont apparus (YouTube, Flickr, etc.), les profils humains sont devenus des objets de “collection”.

Ce qui a réellement changé : capter l’attention

Question d’économies. Dans le contexte d’une abondance de contenus informationnels, prévaut une économie de l’attention hypothéquée par la capacité à mettre en place une économie de la confiance (Trust economy) avec la foule comme support (crowdsourcing), la modélisation de la confiance comme vecteur, et de nouvelles ingénieries relationnelles comme technologie.
La force des métadonnées. Pour les moteurs mais aussi pour les réseaux sociaux, toutes les données sont ou peuvent devenir des métadonnées, qui dessinent des comportements (pas uniquement documentaires) en même temps qu’elles permettent de caractériser la motivation de ces mêmes comportements. Chaque clic, chaque requête, chaque comportement connecté fait fonction de métadonnée dans une sorte de panoptique global.
Le web invisible ne l’est plus vraiment. Le défi technologique, après avoir été celui de la masse des documents indexés, devient celui de la restitution en temps quasi-réel du rythme de publication propre au web (“world live web”). Pour accomplir ce miracle, il faut aux outils de captation de notre attention que sont les moteurs et les réseaux sociaux, une architecture qui entretiennent à dessein la confusion entre les sphères de publication publiques, intimes et privées.

Rendre compte de la dissémination et du mouvement

La naissance de l’industrie de la recommandation et des moteurs prescripteurs. La recommandation existe de toute éternité numérique, mais elle est désormais entrée dans son ère industrielle. Moteurs et réseaux sociaux fonctionnent comme autant de prescripteurs, soit en valorisant la capacité de prescription affinitaire des “proches”, des “amis” ou des “collaborateurs” de l’internaute (boutons “like” et “+1″), soit en mettant en avant les comportements les plus récurrents de l’ensemble de leurs utilisateurs.
De nouvelles indexations. Après l’indexation des mots-clés, des liens hypertextes, des images, de la vidéo, des profils, il faut maintenant apprendre à indexer, à mettre en mémoire, la manière dont circule l’information, être capable de rendre compte de cette dynamique virale, capable de prendre en compte la dissémination, l’écho, l’effet de buzz que produisent les innombrables “boutons poussoir” présents sur chaque contenu informationnel pour lui assurer une dissémination optimale.
Navigation virale ou promenade carcérale ? L’approche fermée, propriétaire, compartimentée, concurrentielle, épuisable de l’économie du lien hypertexte que proposent les systèmes de recommandation, ne peut mener qu’à des systèmes de nature concentrationnaire. Des écosystèmes de l’enfermement consenti, en parfaite contradiction avec la vision fondatrice deVannevar Bush selon laquelle la parcours, le chemin (“trail”) importe au moins autant que le lien. Les ingénieries relationnelles des systèmes de recommandation – de celui d’Amazon au Like de Facebook – ressemblent davantage à une promenade carcérale qu’à une navigation affranchie parce qu’elles amplifient jusqu’à la démesure la mise en avant de certains contenus au détriment de la mise au jour d’une forme de diversité.

Brassage des données dans un “jardin fermé”

Un nouveau brassage. La recherche universelle, désignant la capacité pour l’utilisateur de chercher simultanément dans les différents index (et les différentes bases de données) proposés par les moteurs de recherche, ouvre un immense champ de possibles pour la mise en œuvre d’algorithmes capables de prendre en charge les paramètres excessivement complexes de la personnalisation, de la gestion des historiques de recherche, de l’aspect relationnel ou affinitairequi relie un nombre de plus en plus grand d’items, ou encore du brassage de ces gigantesques silos de donnés. Un brassage totalement inédit à cette échelle.
Le mirage des nuages. De rachats successifs en monopoles établis, l’extrême mouvement de concentration qui touche la médiasphère internautique fait débat. D’un immense écosystème ouvert, le web mute aujourd’hui en une succession de ce que Tim Berners Lee nomme des“walled gardens”, des “jardins fermés”, reposant sur des données propriétaires et aliénant leurs usagers en leur interdisant toute forme de partage vers l’extérieur. L’enjeu n’est alors plus simplement celui de l’ouverture des données, mais celui de la mise en place d’un méta-contrôle, un contrôle accru par la migration de l’essentiel de nos données sur les serveurs des sociétés hôtes, grâce à la banalisation du cloud computing : l’essentiel du matériau documentaire qui définit notre rapport à l’information et à la connaissance étant en passe de se retrouver entre les mains de quelques sociétés marchandes
Et tout ça pour quoi ? Il s’agit de porter à visibilité égale des contenus jusqu’ici sous-utilisés ou sous-exploités, pour augmenter leur potentiel marchand en dopant de la sorte le rendement des liens publicitaires afférents. Un objectif qui ne peut être atteint sans la participation massive des internautes.


La marchandisation de toute unité documentaire recensée

Le web personnel. La pertinence et la hiérarchisation d’un ensemble de contenus hétérogènes n’a de sens qu’au regard des intérêts exprimés par chacun dans le cadre de ses recherches précédentes. La condition sine qua non de la réussite d’une telle opération est le passage au premier plan de la gestion de l’historique des recherches individuelles.
Algorithmie ambiante. A la manière de l’informatique “ambiante” qui a vocation à se diluer dans l’environnement au travers d’interfaces prenant la forme d’objets quotidiens, se dessinent les contours d’une algorithmie également ambiante, c’est à dire mettant sous la coupe de la puissance calculatoire des moteurs, la moindre de nos interactions en ligne.
Marchands de documents. Derrière cette algorithmie ambiante on trouve la volonté déterminée d’optimiser encore davantage la marchandisation de toute unité documentaire recensée, quelle que soit sa sphère d’appartenance d’origine (publique, prive, intime), sa nature médiatique propre (image, son, vidéo, page web, chapitre de livre, etc…), sa granularité (un extrait de livre, un billet de blog, un extrait de vidéo …) et son taux de partage sur le réseau (usage personnel uniquement, usage partagé entre « proches », usage partagé avec l’ensemble des autres utilisateurs du service).

Une base de données des intentions

La recherche prédictive. Les grands acteurs du web disposent aujourd’hui d’une gigantesque“base de donnée des intentions” (concept forgé par John Battelle), construite à l’aide de nos comportements d’achats, de l’historique de nos requêtes, de nos déplacements (géolocalisation), de nos statuts (ce que nous faisons, nos centres d’intérêt), de nos “amis” (qui nous fréquentons). Une base de donnée des intentions qui va augmenter la “prédictibilité” des recherches. Et donc augmenter également leur valeur transactionnelle, leur valeur marchande.
Recherche de proximité et moteurs de voisinage. A l’aide de moteurs comme Intelius.com ouEveryblock.com, il est possible de tout savoir de son voisin numérique, depuis son numéro de sécurité sociale jusqu’à la composition ethnique du quartier dans lequel il vit, en passant par le montant du bien immobilier qu’il possède ou l’historique de ses mariages et de ses divorces. Toutes ces informations sont – aux États-Unis en tout cas – disponibles gratuitement et légalement. Ne reste plus qu’à les agréger et à faire payer l’accès à ces recoupements numériques d’un nouveau genre. Surveillance et sous-veillance s’affirment comme les fondamentaux de cette nouvelle tendance du “neighboring search.
Pourquoi chercher encore ? Le nouvel horizon de la recherche d’information pose trois questions très étroitement liées. Demain. Chercherons-nous pour retrouver ce que nous ou nos “amis” connaissent déjà, permettant ainsi aux acteurs du secteur de vendre encore plus de “temps de cerveau disponible” ? Chercherons-nous simplement pour acheter, pour consommer et pour affiner le modèle de la base de donnée des intentions ? Ou pourrons-nous encore chercher pour dmoteuécouvrir ce que nous ne savons pas (au risque de l’erreur, de l’inutile, du futile) ?

Les risques d’une macro-documentation du monde

Le web était un village global. Son seul cadastre était celui des liens hypertexte. Aujourd’hui, les systèmes de recommandation risquent de transformer le village global en quelques immeubles aux incessantes querelles de voisinage.
Un web hypermnésique et des moteurs omniscients. Aujourd’hui le processus d’externalisation de nos mémoires documentaires entamé dans les années 1980 avec l’explosion des mémoires optiques de stockage est totalement servicialisé et industrialisé. L’étape suivante pourrait ressembler à l’hypermnésie. Celle dont souffre Funès dans la nouvelle de Borges. Mais cette hypermnésie est aujourd’hui calculatoire, algorithmique, ambiante. Elle est massivement distribuée, ce qui lui confère cette impression de dilution, de non-dangerosité. Mais quelques acteurs disposent des moyens de l’activer et de tout rassembler. Pour l’instant ce n’est que pour nous vendre de la publicité, du temps de cerveau disponible. Mais que deviendrait cette arme hypermnésique entre les mains d’états ? Nous avons tendance à oublier l’importance de se souvenir puisqu’il est devenu possible de tout se remémorer.
Des enjeux de politique … documentaire. La deuxième question c’est celle de l’écosystème informationnel que nous souhaitons pour demain. Ne rien dire aujourd’hui, c’est consentir. Il est aujourd’hui absolument nécessaire d’ouvrir un débat autour de l’écosystème non plus simplement documentaire mais politique que les moteurs représentent, il est vital de s’interroger sur la manière dont cet écosystème documentaire conditionne notre biotope politique et social … Or toutes ces questions sont par essence documentaires, ce sont les questions que posent une macro-documentation du monde. Voilà pourquoi le rôle des professionnels de l’information est et sera absolument déterminant.

Billet initialement publié sur affordance.info, sous le titre “Qu’y aura-t-il demain sous nos moteurs ?”. Article de commande pour la revue Documentaliste, sciences de l’information, publié ici dans sa version longue. Article également déposé sur ArchiveSic.
Olivier Ertzscheid est également auteur d’un récent ouvrage sur l’identité numérique et l’e-reputation
Illustrations CC FlickR eirikref (cc-by), hawksanddoves.

mardi 18 octobre 2011

Internet en France sous haute surveillance

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Amesys, la société française qui a vendu un système de surveillance globale de l’Internet à la Libye de Kadhafi, a-t-elle également vendu son système à la France de Sarkozy ? L’information figurait en conclusion d’un article du Figaro, «Comment j’ai mis 5 millions de Libyens sur écoute» qui, le 6 septembre dernier, révélait que des militaires retraités de la Direction du renseignement militaire (DRM) avaient contribué à former les services de renseignement libyens à l’utilisation du système Eagle d’Amesys :
Une version du logiciel Eagle, conforme à la loi, est utilisée en France depuis 2009
Des sources bien informées nous ont indiqué que des ingénieurs d’Amesys avaient effectivement déployé un tel système, en 2009, au service de police scientifique et technique de la gendarmerie situé dans le fort de Rosny, en banlieue parisienne, à des fins, non pas de surveillance massive de l’Internet, mais d’interceptions judiciaires des télécommunications. Contactée, la gendarmerie nie. Le ministère de l’Intérieur, qui gère le budget de la gendarmerie depuis qu’elle lui a été rattachée en 2009, n’a pas répondu à nos questions à ce sujet.
En tout état de cause, Amesys, qui a fait des systèmes de guerre électronique son cœur de métier, a vendu au moins sept autres systèmes d’interception et d’analyse des communications aux ministères de la défense et de l’intérieur.

Les grandes oreilles du renseignement français made in Amesys

En juillet 2007, Amesys décrochait un marché de 100 000 € de démodulateurs et logiciels de traitements de l’information dans le cadre de l’”acquisition d’une chaine d’interception DVB“, pour Digital Video Broadcasting, la norme de diffusion vidéo numérique, qui sert aussi à la transmission des données par satellite.
Le client ? La Direction du renseignement militaire qui, avec la DGSE, opère le système Frenchelond’interception massive des télécommunications. Son nom n’apparaît pas explicitement, mais marc_badre@yahoo.fr, l’adresse e-mail générique utilisée pour l’appel d’offres, est celle de la DRM. Un peu comme si la NSA utilisait, pour communiquer ses appels d’offres, une adresse email @wanadoo.com… comme OWNI l’avait déjà souligné lors de notre enquête sur les dizaines de milliers d’adresses e-mails “piratables”utilisées par des militaires et fonctionnaires français.
En novembre 2008, Elexo, l’une des filiales d’Amesys, emporte un marché de 897 000€ au profit, là aussi, de la DRM, qui voulait se doter de “démodulateurs routeurs IP satellite et analyseurs” dans le cadre d’une “acquisition de matériels pour plate forme de réception satellite TV“. Dans ce même marché, la DRM a aussi investi 837 200€ dans des “antennes de réception DVB et matériels connexes“.
D’aucuns objecteront que 1,6 M€, ça fait un peu cher l’antenne satellite pour recevoir la télévision. Le lieu de livraison, la base militaire de Creil, est cela dit connue pour accueillir le Centre de Formation et d’Emploi relatif aux Émissions Électromagnétiques (CFEEE) et le Centre de Formation et d’Interprétation Interarmées de l’Imagerie (CFIII), les “grandes oreilles” et les “gros yeux” de la DRM, dont le travail repose sur l’interception et l’analyse des télécommunications et images émanant des satellites.
Un hacker, fin connaisseur des satellites, a bien ri en découvrant ces appels d’offres, dans la mesure où ce sont typiquement des systèmes d’espionnage des flux de données (TV, téléphonie, Internet) transitant, en clair, par les satellites, et que d’autres hackers ont récemment démontré que pirater un satellite était simple comme bonjour. Mieux: on pourrait faire pareil, mais en beaucoup moins cher… à savoir “une cinquantaine d’euros, neuf, dans n’importe quelle grande surface de bricolage, au rayon antennes et TV satellite“.

Le ministère de l’Intérieur, aussi

Les services de renseignement militaires ne sont pas les seuls clients d’Amesys : en juin 2009, la société emportait un appel d’offres de 430 560€, initié par le ministère de l’Intérieur, qui cherchait des enregistreurs numériques large bande. Amesys en vend deux : l’ENRLB 48, qui permet “l’acquisition ou le rejeu en temps réel de plusieurs types de signaux” et qui est commercialisé en tant que système de SIGINT (pour Signal Intelligence, renseignement d’origine électromagnétique, ou ROEM, en français), et l’ELAN-500, qui permet de faire de l’”analyse tactique d’environnement ELINT” (Electronic Intelligence).





Tous deux, comme le précise Amesys dans sa fiche de présentation, sont soumis à une “autorisation R226“, doux euphémisme pour qualifier les systèmes d’écoute et d’interception : les articles R226 du Code pénal, intitulés “De l’atteinte à la vie privée“, portent en effet sur “la fabrication, l’importation, l’exposition, l’offre, la location ou la vente de tout appareil susceptibles de porter atteinte à l’intimité de la vie privée et au secret des correspondances“.
La vente de ce système au ministère de l’Intérieur a donc été soumise à une autorisation délivrée par le Premier ministre, après avis d’une commission consultative “relative à la commercialisation et à l’acquisition ou détention des matériels permettant de porter atteinte à l’intimité de la vie privée ou au secret des correspondances“.
Aucune information ne permet de savoir à quoi ils servent ou ont servi. Contactée, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), dont le directeur général préside la commission consultative chargée d’émettre des autorisations sur ce type de systèmes et technologies, répond que la vente de ces systèmes a “forcément” été validée par la commission consultative, mais refuse d’en dire plus.
Contactés pour savoir à quoi pouvaient bien servir ces systèmes, et s’ils avaient bien été autorisés, les ministères de la Défense et de l’Intérieur n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Les seules données publiquement accessibles sont ces appels d’offres, les technologies utilisées, et leurs donneurs d’ordre. Impossible de savoir s’ils permettent d’espionner des Français, si ces écoutes sont contrôlées, et si oui par qui…
Matignon, à qui nous avons demandé si le Premier ministre avait bien, comme le veut la loi, dûment autorisé ces contrats, n’a, lui aussi, pas daigné répondre à nos questions. Les termes employés dans les appels d’offres montrent bien, pourtant, qu’il s’agit de matériel de surveillance et d’interception massive des télécommunications.

Aintercom, Ramius, Proxima, Ecofer, Marko…







Amesys a vendu plusieurs autres systèmes à l’armée française. En décembre 2006, I2E, qui deviendra Amesys lors de sa fusion avec la société de conseil en haute technologies Artware, emporte ainsi, en tant que mandataire d’EADS Defence & Security et Bertin Technologies, un marché de 20 M€ portant sur la démonstration d’architecture modulaire d’interception de communications (Aintercom).
Le client : le service des programmes navals de la Direction Générale de l’Armement (DGA), chargée, au sein de la Marine, de la “lutte au-dessus de la surface” et donc, en matière de guerre électronique, des “grandes oreilles” chargées des interceptions radio et radar.
Dans le cadre du contrat Aintercom, Amesys et la DGA ont financé plusieurs travaux de recherche universitaire, et organisé un séminaire, afin d’identifier des moyens d’être mieux à même de déchiffrer les communications interceptées.








Ce même mois de décembre 2006, I2E remporte un autre marché, portant sur un système d’écoute de signaux radar et télécommunication appelé “Ramius”, à destination du Centre d’électronique de l’armement (CELAR).
Renommé DGA Maîtrise de l’information fin 2009, le CELAR est le laboratoire de recherche et développement de la Direction Générale de l’Armement (DGA), spécialiste de la guerre électronique et des systèmes d’information chargé, notamment, de l’évaluation des systèmes de renseignement.
Un appel d’offres initial évoquait “un ensemble d’enregistrement de signaux de type impulsionnel et continu avec une bande de fréquence de 0,1 à 20 GHz“, et un autre appel d’offres, relativement similaire, portant sur un autre système (Proxima), précise que ce type de matériel “sera utilisé à des fins d’expérimentation de récepteur d’Elint (électronique intelligence) et de maquettes de récepteurs Elint“, du nom donné à ces renseignements que l’on obtient à partir des émissions électromagnétiques d’appareillages électroniques (voir la fiche sur lerenseignement d’origine électromagnétique sur Wikipedia).
En décembre 2007, la société française emportait un marché de 471 750€, portant cette fois sur un “système d’interception de faisceaux hertziens numériques ECOFER“, et porté par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information (DIRISI) au profit de l’état-major des armées.
En décembre 2009, Amesys emportait un autre marché pour le compte du CELAR, portant sur 620 482€ d’outils d’analyse et récepteurs, sous l’intitulé “Projet Marko : Enregistrement de signaux électromagnétiques” qui, d’après cette offre de stage, serait le nom de code donné à un système d’analyse de signaux radar.
Aintercom, Ramius, Proxima, Ecofer, Marko… cette liste n’est probablement pas exhaustive : il faudrait aussi y rajouter les appels d’offres classifiés, portant sur des systèmes probablement plus intrusifs. Pionnière de la guerre électronique, la France est aussi l’une des rares puissances à disposer d’un système global d’espionnage des télécommunications, surnommé Frenchelon en “hommage” à son modèle anglo-saxon Echelon, et dont les stations d’écoute profitent largement de ses anciennes colonies.
Bernard Barbier, le “directeur technique” de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), expliquait ainsi en décembre 2010 que s’il avait fallu attendre l’arrivée d’un jeune ingénieur télécom, Henri Serres, en 1983, pour que la DGSE décide de se doter d’une “direction technique“, et que la France avait donc près de 40 ans de retard sur les anglo-saxons, “aujourd’hui, on est en première division“.